mercredi 9 décembre 2009

Le capitalisme est en danger et la peur de l’islamisation vient à son secours.




Depuis plusieurs mois la construction de minarets est, en Suisse, au centre du débat politique, comme s’il s’agissait d’un problème primordiale pour le bien de la nation. Ainsi, il y a trois semaines un million et demi de suisses et suissesses, chacun et chacune avec sa “bonne raison”, ont voté oui à l’inscription dans la constitution fédérale de l’interdiction de construire des minarets.

La principale force politique qui a soutenu cette initiative est l’UDC. Bien que nous connaissions les positions de cette formation, déjà bien avant cette votation, quelque chose cette fois a changé. On savait que c’était une force politique d'extrême droite, nationaliste et xénophobe. Nous étions habitués qu’elle rejette toute “intrusion” étrangère, noire ou blanche, européenne ou d’autres continents, économique ou culturelle.
Son discours s’est toujours fondé sur l’adhésion à des valeurs et des symboles prétendus Suisses, ce qui laissait quand même un certain flou. Qu’est-ce être suisses? L’UDC utilisait des croix blanches sur un fond rouge, des Guillaume Tell ou des cors des alpes pour représenter la Confédération. Alors que les étrangers étaient mis en image par des symboles de diversité, bien-sûr scandaleux, mais qui ne ciblaient pas directement et ouvertement une population précise. Mettre sur une affiche des corbeaux, des moutons, ou des mains “étrangères” anonymes, pour représenter l’ennemi venant d’ailleurs, est certainement problématique et nous l’avons toujours dénoncé. C’est toutefois autre chose que de cibler une communauté spécifique présente sur le territoire national, comme c’est le cas de la communauté musulmane.
Avec l’introduction de la discrimination ciblée, la radicalisation de la politique de l’UDC est en effet déclarée. Les musulmans ont été choisis comme les ennemis de la nation, sans qu’aucune argumentation sérieuse puisse soutenir ce choix. Ainsi, l’UDC est devenu ouvertement un parti anti-musulman, ce qui évoque une discrimination explicite d’une partie de la population y compris des suisses ayant adhéré à cette religion. Cette discrimination devient un élément qui pourrait même être qualifié de fascisation de la politique de ce parti.
Cette pratique n’est cependant pas nouvelle sur le plan international. L’islamisation de l’occident, comme elle est appelée par les nationalistes, est devenue le nouveau “complot mondial” à combattre. George Bush et sont entourage l’ont inventé, avec le soutient des néo-libéraux européens, afin de justifier les guerres impériales en Afghanistan et en Irak. Ils ont construit un sentiment anti-musulman partout en occident. Un cadeau bienvenu auprès des nationalistes et les obscurantistes. Avec l’approbation de l’initiative populaire anti-minarets il faut se demander comment est-il possible qu’une démocratie, où le peuple est souverain, accepte de discriminer une population, à l'occurrence avec l’excuse de l'appartenance religieuse. Ce poser cette question est impératif, au moins pour ceux qui se rappellent comment, entre autres, Adolf Hitler est arrivé au pouvoir.

La votation du 28 novembre.

Pour analyser le vote du 28 novembre, constatons que la majorité a exprimé une peur vis-à-vis d’une petite minorité, qui compte environ 4% de résidents en Suisse. Ce simple constat, doit nous interroger : plus d’un million et demi de personnes, ayant le droit de vote, et dont les représentants occupent toutes les places de pouvoir dans notre pays, ont déclaré avoir des inquiétudes vis-à-vis de l’Islam. Mais cet Islam, représenté en Suisse par une minorité exclue de tout pouvoir politique, fait-il vraiment peur? De plus cette minorité est composé principalement d’immigrés des Balkans et turques peu pratiquants, actifs dans des travaux humbles et peu rémunérés. De quoi faut-il avoir peur, Allah serai-t-il plus puissant que notre Dieu?
Parmi les suisses qui ont dit non à l’initiative - un peu plus d’un million - seule une petite minorité d’entre eux sont musulmans. Prétendre donc que les opposants à l’initiative soient des défenseurs de l’Islam est faux. Les suisses qui se sont opposés à l’initiative, chacun avec sa propre opinion, ont certainement estimé que pour le pays il était plus avantageux de ne rien inscrire dans la constitution à propos des minarets. Cette position ne signifie pas qu’ils veulent permettre la construction de minarets partout. Il s’agit simplement de ne pas créer inutilement des conflits entre nous et certains pays ou communautés musulmanes.
Si on examine la situation de plus près, on a l'impression que quelqu’un a intérêt à ce que le conflit entre occident et monde musulman ait lieu. Avec se vote un conflit a été alimenté, mais apparemment aucune justification véritable existe. Le seul argument avancé c’est la peur d’une invasion de musulmans, argument qui n’a aucun sens. Avec ce vote nous sommes entrés dans une spirale de la haine dont il faut sortir au plus vite. Les extrémistes islamiques (Al-Quaïda) ont maintenant la possibilité de dire que la Suisse est anti-islamique, ce qui n’est pas très intelligent d’un point de vue de la sécurité nationale. C’est étonnant que des prétendus défenseurs du pays, comme affirment l’être les tribuns de l’UDC, ne prennent pas compte de cet aspect. Mais l’explication est probablement ailleurs. Ce ne sont, ni Allah, ni le père de Jésus qui se cachent derrière ces manœuvres. Il n’y a rien a voir avec la théologie. Il s’agit plutôt du “Dieux Argent”, père de “Saint Libéralisme” et “Soeur Guerre”, qui sont à l’origine de ce que a tout l’aire d’une dérive autoritaire d’un système capitaliste en difficulté.

dimanche 29 novembre 2009

LA GAUCHE, UN MOUVEMENT DONT LE PST-POP NE PEUT PAS NIER L'EXISTENCE

Préambule
Le Comité Directeur, lors de la séance du 14 novembre, a décidé de me confier la rédaction d’un rapport relatif à la situation de la gauche radicale en Suisse, cela en relation avec le congrès fondateur du mouvement “La Gauche - Alternative Linke - La Sinistra” et aux discussions faites en son sein. Après un long débat, nous avons enfin pu faire une revue complète des situations cantonales et nationale sur la proposition de créer une nouvelle force à gauche du PS.
Quelques-uns de nos militants s’y sont engagés dès le début, d’autres ont été très critiques. Le Parti ne s’est pas encore ouvertement confronté à ce sujet. Le Comité Directeur a estimé qu’il fallait nous laisser un peu de temps pour pouvoir mieux comprendre la situation politique et les forces en jeux, tant au niveau national que cantonal. Il a aussi préféré ne pas réagir immédiatement, pour éviter d’alimenter des rumeurs soutenues - encore il y a quelque semaines - par beaucoup de suppositions et peu d'éléments concrets. Ce qui était sûr dés le début, c’est qu’il y a une certaine hostilité de fond envers le PST à l’origine de ce mouvement, notamment de la part de ceux qui, en tant que membres ou ex-membres du Parti, en annoncent déjà la mort.
Ce document veut proposer une façon de réagir à cette réalité nouvelle de manière réfléchie et en se basant sur des informations sûres. C’est-à-dire que nous avons jugé avoir assez éléments pour discuter l’évolution du panorama de la gauche radicale en Suisse. Nous devrons donc élaborer un plan stratégique pour guider nos comportement futurs vis-à-vis de cette organisation.

Réflexions stratégiques
Le projet de La Gauche consiste en une proposition qui s’insère dans un débat stratégique pour la construction de l’unité de la gauche radicale. Le bilan que nous avons pu tirer des différentes situations cantonales et aussi de la situation au niveau national nous dit qu’une très grande confusion existe par rapport à la forme qui doit prendre ce mouvement. Néanmoins le mouvement semble attirer les sympathies d’un certain nombre de militants de la gauche radicale et de personnes sans parti. Dans les journaux et à la télévision nous avons vu l’annonce de la création d’un nouveau parti, toutefois dans la pratique la situation est bien différente, il ne faut pas se laisser tromper par les médias. Ils ne disposent pas encore de sections cantonales et de statuts, tout comme un programme politique. Il faut faire présent montrer que la volonté des leaders et la mise en scène des médias ne correspondent pas forcement aux volontés de la base, qui demande justement une unité dans les luttes plutôt que les beau mots qui doivent encore se transformer en pratique. La crainte de beaucoup, à la fois dans le Parti et en dehors, est que les souhaits de la base ne soient trompés par une manipulation d’en haut de la part de certaines personnes charismatiques. Notre Parti, qu’il le veuille ou non, se trouve dans la condition de devoir réagir à cette réalité nouvelle. Face a une telle situation, nous devons nous demander :

UNITE: POURQUOI?
  • Il faut déterminer les priorités politiques par rapport à notre projet de société et au contexte actuel. Il faut donc mettre face à face notre projet avec la solution proposée par La Gauche, et cela en tenant compte des débats politiques actuels internes et externes au Parti. Par exemple, il faut se demander si en cette période de réaction, avec des prévisions inquiétantes par rapport à la politique raciste soutenue par la droite nationaliste, nous devons nous attaquer au PS et aux Verts comme le fait La Gauche, en appelant aux déçus de ces deux partis. En effet, malgré leur orientation, au mieux social-démocrate, il est peut-être nécessaire de s’allier avec eux dans un front “anti-fascistisation”.
  • De plus nous n’adressons pas notre politique aux militants des autres partis, nous ne cherchons pas à gagner la bataille d’appareil, mais de mobiliser les exploités contre un système injuste. On ne veut pas préserver “les idées de gauche”, mais lutter pour les intérêts des classes populaires. Autrement dit, nous voulons faire de la politique avec la population et pour la population et non pour notre petite maison. L’unité doit servir à ce but.
  • Le Parti est en train d’effectuer (poursuivre) une discussion sur son identité et sur le projet politique qu’il propose. Il s’agit d’une décision du dernier Congrès (celle de réécrire le programme) et d’une forte volonté du Comité Directeur actuel. On estime qu’il faut trouver une unité idéologique au sein du Parti au plus vite, cela dans le but de les faire revenir à une pratique politique plus incisive et plus cohérente envers notre objectif final, le socialisme. Nous avons la nécessité, surtout en ces temps de crise, de trouver une pratique commune dans la construction du mouvement populaire. Nous devons au plus vite comprendre comment mener une vraie politique qui sache proposer et revendiquer le mieux pour les classes populaires. Pour que la crise actuelle soit la fin d’un cauchemar et non le début d’une autre période d’austérité .

UNITE AVEC QUI?
  • Le Parti Suisse du Travail a 65 ans d’histoire. Qu’il s’interroge sur la possibilité d’appuyer ce mouvement doit être compris à l’intérieur comme à l’extérieur du Parti. Il ne s’agit pas de sauvegarde d’intérêts individuels ou utopiques, mais de cohérence et sûreté dans la continuité du “mouvement pour le socialisme”. Déjà trop de fois des mouvements nouveaux se sont effondrés sur les organisations déjà existantes en les affaiblissant ultérieurement après beaucoup d’euphorie. Il ne s'agit pas non plus de sectarisme, mais d’une discussion légitime, qui est sincèrement guidée par une volonté de renforcer notre projet politique. Celui-ci n’est pas le Parti fétiche, mais une envie révolutionnaire de changer cette société dans la profondeur pour construire le socialisme.
  • La décision du congrès de 2006 à Genève et l’article 1 des statuts sont très clairs et ils n’ont jamais été contestés : “Le PST coopère avec des organisations, des mouvements et des personnes qui visent des buts généraux ou particuliers convergents aux siens” 1. Néanmoins, ces coopérations doivent objectivement être en faveur des classes populaires. Il faut que l’unité ne se fasse pas dans le vidage du contenu politique, mais dans un projet politique concret pour la construction d’un mouvement populaire.

UNITE: COMMENT?
  • Une unité construite sur des promesses et des espoirs est peut-être passionnante, mais il faut quelle puisse aussi garantir une unité réelle et concrète dans la lutte. Il s’agit là d’un élément fondamental pour la survie et le renforcement du mouvement. Il faut qu’elle nous donne la force de gagner la lutte contre l’exploitation des puissants, les actionnaires et les managers et leurs sous-fifres. Cela implique la reconnaissance d’un certain nombre de points en commun au niveau idéologique et stratégique. Il faut s’unir non pas sous un slogan (La Gauche), mais à partir de propositions politiques concrètes, d’une manière d’analyser et concevoir la société et surtout en suivant un même objectif. Par conséquent, sans débat politique approfondi, la construction de l’unité resterait une chimère, ou peut-être un nouveau slogan électoral, ce qui serait véritablement dommage.
  • Bien qu’il ne faille pas oublier les fortes tensions qui existent entre certains camarades promoteurs de La Gauche et les représentants des instances nationales du Parti, il ne faut pas empêcher le dialogue. Ces hostilités sont certainement dues à des sensibilités politiques différentes, ce qui est indéniable, mais elles sont souvent alimentées par des préjugés et des stigmatisations. Il est nécessaire de savoir affronter ouvertement ces questions, pour que l’unité puisse se construire avec des fondements politiques cohérents et profonds. Il faut dépasser les polémiques pour commencer à parler de politique, car c’est seulement en suivant cette voie que nous pourrons un jour créer un accord commun. Tant que le débat ne sera pas libéré de préjugés et personnalismes, trop d'énergies seront gaspillées, nous ne pouvons pas le permettre. Nous ne refusons jamais la discussion politique à priori, mais elle doit se fonder sur le respect mutuel.

Comment faire par la suite
Ces principes sont le fil conducteur de la tactique que le Comité Directeur a choisi jusqu’à présent pour réagir à l’annonce de la volonté de fonder La Gauche. Je propose de continuer à les suivre dans les prochains mois.
Je demande que le Comité Central du 28 novembre 2009 donne mandat au Comité Directeur de répondre aux éventuels contacts de la part de La Gauche en suivant les principes énoncés plus haut. Cela sera fait en consultant constamment les sections et en présentant un nouveau rapport devant le Comité Central du 6 mars.
1 Article 1. des statuts du PST

Leonardo Schmid, co-secrétaire du PST