mardi 24 novembre 2009

LE NOM DU PARTI DES COMMUNISTES EN SUISSES EST PARTI SUISSE DU TRAVAIL

Résolution du Comité Directeur pour le Congrès du 24 octobre 2009

UNE PROPOSITION QUI MERITE BEAUCOUP D’ATTENTION

Bien que la proposition de la section de Berne pour changer le nom de notre parti n’a pas recueilli l’aval du Comité Directeur du PST, elle a le mérite de soulever une question importante, celle de l’identité de notre parti. Le choix d’un nom n’est pas seulement le choix d’une étiquette, le nom d’un parti en représente l’image, l’idéologie, la pratique. Ainsi le débat sur le nom “communiste” est aussi un débat sur le contenu que nous voulons (re)donner à notre parti, parce que notre parti est-il ou pas un parti communiste?
Se questionner sur l’identité communiste du parti est, en ce moment, un débat central pour enfin pouvoir recommencer à œuvrer tous ensemble dans la même direction, pour le travail contre le capital. La grande hétérogénéité que nous trouvons entre les sections est indice du dysfonctionnement du parti national, qui depuis une dizaine d’années n’arrive plus à trouver une ligne politique unitaire ni encore moins à l’appliquer. Ceci est certainement dû en bonne partie à un manque de réflexion commune sur ce que doit être le parti, sur le rôle qu’on lui attribue et sur le projet de société qu’il défend.
Si la section bernoise, une jeune section qui vient de se reconstituer, tout comme les jeunes du Tessin proposent de valoriser notre identité communiste en l’affichant sur le nom, c’est bien parce qu’il y a un sentiment de vide identitaire. Dans la plupart des sections les jeunes camarades souhaitent que le parti puisse faire rêver à une révolution socialiste ; un jeune camarade l’a dit ainsi:

Je veux avoir le droit de penser que le socialisme existera un jour, en Suisse aussi, je veux que mon parti en soit le moteur, je veux que les PST soit un parti communiste.”

Dans ces mots nous trouvons non pas de la nostalgie de ce qu’a été le socialisme “réellement existant”, mais un espoir pour que dans le futur une société plus juste ne soit plus une utopie. Ce serait une grave erreur de ne pas tenir en compte cet espoir, signe d’un engagement profond, il est mu par les mêmes sentiments de l’esprit révolutionnaire qui animait les camarades fondateurs du parti.
L’impression est que les plus jeunes camarades du parti n’arrivent pas à voir en quoi le PST sait proposer une alternative au capitalisme. Certains camarades expérimentés s’étonnent de la proposition bernoise, et des fois l’accusent de repli identitaire, de sectarisme ou dogmatisme, néanmoins la plupart de ces camardes sont rentrés au parti à l’époque où la formation des militants sous une perspective marxiste-léniniste était pratique courante et bienvenue. Il faut peut-être rendre attentifs certains camarades du fait que ces dernières années le parti a perdu de nombreux repères théoriques, en se trouvant - comme beaucoup de partis frères - noyé dans l’idéologie de la gauche de la gauche dont les buts ne sont pas clairement définis et où l’ouverture se paye avec un affaiblissement des propositions révolutionnaires du parti. En effet en suivant cette ligne politique la seule stratégie possible est celle de l’ouverture vers “d'autres forces qui nous sont proches”, sans savoir pourquoi, mais en étant sûr que nous faisons peur et qu’il faut cacher notre identité, jusqu’à ce qu’elle soit oubliée par nous et par nos adversaires.
Cette Discussion devra être utile à notre parti en vue de la révision du programme prévue pour 2010. Le Comité Directeur ne souhaite pas encore se prononcer pour donner une DIRECTION à propos du nouveau programme, mais plutôt commencer à poser les bases pour cette réflexion. Le Comité Directeur veut lancer une discussion qui puisse déboucher sur une proposition politique qui puisse nous lancer vers la (re)construction d’un parti révolutionnaire. La réflexion sur le communisme doit nous aider à affronter ce débat.
Le monde est probablement à un moment crucial de son développement, la situation économique actuelle avec une crise du capitalisme sans précédents, la monté des idéologies fascisantes, la progression de l’exploitation de l’environnement nous imposent un défi pour se rénover, sans pourtant oublier ce que nous avons pu apprendre du passé. Pour les communistes de toute la planète, ainsi que pour les militants du PST il faut un projet de société claire et visant à dépasser le capitalisme. Il faut qu’il soit adressé à tous ceux qui vivent opprimés par la classe dominante - autrefois appelée bourgeoisie, c’est à ceux qui vivent du travail et non du capital - autrefois appelés prolétaires - que le PST doit lancer son appel. Il faut leur offrir la possibilité de lutter pour une autre société. Il faut sortir de l’éternelle guerre d’appareils entre différentes organisations, nous nous engagerons pour le travail contre le capital, nous nous battrons pour le socialisme contre le capitalisme.

POURQUOI NE PAS CHANGER DE NOM

Dans ces conditions le Comité Directeur refuse de changer de nom à un parti dont l’histoire prouve l’identité communiste, simplement parce que récemment elle a perdu son importance en son sein. Pour des communistes c’est la pratique qui compte le plus, l’opposition de tout communiste à des choix idéalistes doit être rappelée. Le choix politique sur lequel il faudrait se prononcer est de savoir si nous sommes un parti communiste, c’est-à-dire un parti avec une pratique communiste. Au contraire le changement de nom n’est pas un choix politique, mais tactique, c’est un choix qui s’insère dans l’élaboration d’une stratégie révolutionnaire. Or, vu l’état actuel du débat sur la stratégie révolutionnaire que le PST est en train de faire, il serait inutile et peut-être contre productif de se prononcer sur un changement de nom. Pour le Comité Directeur la priorité actuelle n’est pas de changer l’étiquette de la bouteille, mais de la remplir avec du nouveau vin.
Cette bouteille a une longue histoire. Le Parti Suisse du Travail (PST), fondé en 1944, ne s’appelle pas ainsi seulement parce qu’il n’aurait pas pu s’appeler communiste - à cause de l’interdiction du Parti Communiste Suisse qui a été dissout par les autorités helvétiques en 1939. Il a choisi le nom de Parti Suisse du Travail parce qu’il regroupait des ex-militants du PCS, des socialistes de gauche (Léon Nicole) dont l’organisation a été aussi dissoute, ainsi que des militants indépendants, toutes et tous avec des histoires militantes différentes. Le parti voulait être, un parti d’inspiration marxiste, dont l’idéal était de construire un rassemblement populaire pour marcher vers le socialisme. Autrement dit les militants du PST étaient des militants pour le socialisme, c’est-à-dire pour le dépassement du capitalisme en suivant la doctrine Marxiste-Léniniste, ce qui revient en gros à être des militantes communistes. Dans le manuel d’éducation politique du PST destiné à tous les militants du parti et édité sous la direction de Jean Vincent en 1973 il y a un chapitre intitule : “Le rôle d’un militant communiste” et dans le chapitre relevant de la structure du parti la théorie Marxiste-Léniniste en est le squelette, ce qui prouve bien quelle était l’identité du PST. L’histoire du PST est donc l’histoire d’un parti communiste, mais quelle sera l’histoire future du PST?
S’il est possible d’être un parti communiste, sans s’appeler de cette manière, et c’est ce que le PST a longuement été par sa pratique passée, il serait aussi possible de changer cette situation. D’un côté des camarades poussent pour afficher très ouvertement notre identité communiste, en faisant probablement un choix que dans le contexte actuel va trop loin. De l’autre côté certains camarades veulent abandonner l’identité communiste, pour en trouver une autre plus ouverte, mais laquelle? Selon le Comité Directeur lors du congrès il s’agira de se déterminer une fois pour toute là dessus, non sur la question du nom, qui est le grain de sable au sommet de la montagne, mais sur notre identité. Il faut avoir le courage d'affronter, ouvertement et sereinement, le débat sur le communisme. Il faudra discuter sans complexes, nous sommes assez mûres pour dépasser le traumatisme de la chute du socialisme réel (tant pour les ados rebelles qui refusent leur pères, comme pour fils de papa qui n'arrivent pas à s’en détacher), nous ne jouerons plus les orphelins du Mur de Berlin. Il est temps pour nous de relancer la course au socialisme, le socialisme du 21ème siècle, celui de notre génération.

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