Résolution
du Comité Directeur pour le Congrès du 24 octobre 2009
UNE
PROPOSITION QUI MERITE BEAUCOUP D’ATTENTION
Bien
que la proposition de la section de Berne pour changer le nom de
notre parti n’a pas recueilli l’aval du Comité Directeur du PST,
elle a le mérite de soulever une question importante, celle de
l’identité de notre parti. Le choix d’un nom n’est pas
seulement le choix d’une étiquette, le nom d’un parti en
représente l’image, l’idéologie, la pratique. Ainsi le débat
sur le nom “communiste” est aussi un débat sur le contenu que
nous voulons (re)donner à notre parti, parce que notre parti est-il
ou pas un parti communiste?
Se
questionner sur l’identité communiste du parti est, en ce moment,
un débat central pour enfin pouvoir recommencer à œuvrer tous
ensemble dans la même direction, pour le travail contre le
capital. La grande hétérogénéité que nous trouvons entre
les sections est indice du dysfonctionnement du parti national, qui
depuis une dizaine d’années n’arrive plus à trouver une ligne
politique unitaire ni encore moins à l’appliquer. Ceci est
certainement dû en bonne partie à un manque de réflexion commune
sur ce que doit être le parti, sur le rôle qu’on lui attribue et
sur le projet de société qu’il défend.
Si
la section bernoise, une jeune section qui vient de se reconstituer,
tout comme les jeunes du Tessin proposent de valoriser notre identité
communiste en l’affichant sur le nom, c’est bien parce qu’il y
a un sentiment de vide identitaire. Dans la plupart des sections les
jeunes camarades souhaitent que le parti puisse faire rêver à une
révolution socialiste ; un jeune camarade l’a dit ainsi:
“Je veux avoir le droit de penser que le socialisme
existera un jour, en Suisse aussi, je veux que mon parti en soit le
moteur, je veux que les PST soit un parti communiste.”
Dans
ces mots nous trouvons non pas de la nostalgie de ce qu’a été le
socialisme “réellement existant”, mais un espoir pour que dans
le futur une société plus juste ne soit plus une utopie. Ce serait
une grave erreur de ne pas tenir en compte cet espoir, signe d’un
engagement profond, il est mu par les mêmes sentiments de l’esprit
révolutionnaire qui animait les camarades fondateurs du parti.
L’impression
est que les plus jeunes camarades du parti n’arrivent pas à voir
en quoi le PST sait proposer une alternative au capitalisme. Certains
camarades expérimentés s’étonnent de la proposition bernoise, et
des fois l’accusent de repli identitaire, de sectarisme ou
dogmatisme, néanmoins la plupart de ces camardes sont rentrés au
parti à l’époque où la formation des militants sous une
perspective marxiste-léniniste était pratique courante et
bienvenue. Il faut peut-être rendre attentifs certains camarades du
fait que ces dernières années le parti a perdu de nombreux repères
théoriques, en se trouvant - comme beaucoup de partis frères - noyé
dans l’idéologie de la gauche de la gauche dont les buts ne
sont pas clairement définis et où l’ouverture se paye avec un
affaiblissement des propositions révolutionnaires du parti. En effet
en suivant cette ligne politique la seule stratégie possible est
celle de l’ouverture vers “d'autres forces qui nous sont
proches”, sans savoir pourquoi, mais en étant sûr que nous
faisons peur et qu’il faut cacher notre identité, jusqu’à ce
qu’elle soit oubliée par nous et par nos adversaires.
Cette
Discussion devra être utile à notre parti en vue de la révision du
programme prévue pour 2010. Le Comité Directeur ne souhaite pas
encore se prononcer pour donner une DIRECTION à propos du nouveau
programme, mais plutôt commencer à poser les bases pour cette
réflexion. Le Comité Directeur veut lancer une discussion qui
puisse déboucher sur une proposition politique qui puisse nous
lancer vers la (re)construction d’un parti révolutionnaire. La
réflexion sur le communisme doit nous aider à affronter ce
débat.
Le
monde est probablement à un moment crucial de son développement, la
situation économique actuelle avec une crise du capitalisme sans
précédents, la monté des idéologies fascisantes, la progression
de l’exploitation de l’environnement nous imposent un défi pour
se rénover, sans pourtant oublier ce que nous avons pu apprendre du
passé. Pour les communistes de toute la planète, ainsi que pour les
militants du PST il faut un projet de société claire et visant à
dépasser le capitalisme. Il faut qu’il soit adressé à tous ceux
qui vivent opprimés par la classe dominante - autrefois appelée
bourgeoisie, c’est à ceux qui vivent du travail et non du capital
- autrefois appelés prolétaires - que le PST doit lancer son
appel. Il faut leur offrir la possibilité de lutter pour une autre
société. Il faut sortir de l’éternelle guerre d’appareils
entre différentes organisations, nous nous engagerons pour le
travail contre le capital, nous nous battrons pour le socialisme
contre le capitalisme.
POURQUOI
NE PAS CHANGER DE NOM
Dans
ces conditions le Comité Directeur refuse de changer de nom à un
parti dont l’histoire prouve l’identité communiste, simplement
parce que récemment elle a perdu son importance en son sein. Pour
des communistes c’est la pratique qui compte le plus, l’opposition
de tout communiste à des choix idéalistes doit être rappelée. Le
choix politique sur lequel il faudrait se prononcer est de savoir si
nous sommes un parti communiste, c’est-à-dire un parti avec une
pratique communiste. Au contraire le changement de nom n’est pas un
choix politique, mais tactique, c’est un choix qui s’insère dans
l’élaboration d’une stratégie révolutionnaire. Or, vu l’état
actuel du débat sur la stratégie révolutionnaire que le PST est en
train de faire, il serait inutile et peut-être contre productif de
se prononcer sur un changement de nom. Pour le Comité Directeur la
priorité actuelle n’est pas de changer l’étiquette de la
bouteille, mais de la remplir avec du nouveau vin.
Cette
bouteille a une longue histoire. Le Parti Suisse du Travail (PST),
fondé en 1944, ne s’appelle pas ainsi seulement parce qu’il
n’aurait pas pu s’appeler communiste - à cause de l’interdiction
du Parti Communiste Suisse qui a été dissout par les autorités
helvétiques en 1939. Il a choisi le nom de Parti Suisse du Travail
parce qu’il regroupait des ex-militants du PCS, des socialistes de
gauche (Léon Nicole) dont l’organisation a été aussi dissoute,
ainsi que des militants indépendants, toutes et tous avec des
histoires militantes différentes. Le parti voulait être, un parti
d’inspiration marxiste, dont l’idéal était de construire un
rassemblement populaire pour marcher vers le socialisme. Autrement
dit les militants du PST étaient des militants pour le socialisme,
c’est-à-dire pour le dépassement du capitalisme en suivant la
doctrine Marxiste-Léniniste, ce qui revient en gros à être des
militantes communistes. Dans le manuel
d’éducation politique du PST destiné à tous les militants du
parti et édité sous la direction de Jean Vincent en 1973 il y a un
chapitre intitule : “Le rôle d’un militant communiste” et dans
le chapitre relevant de la structure du parti la théorie
Marxiste-Léniniste en est le squelette, ce qui prouve bien quelle
était l’identité du PST. L’histoire du PST est donc l’histoire
d’un parti communiste, mais quelle sera l’histoire future du PST?
S’il
est possible d’être un parti communiste, sans s’appeler de cette
manière, et c’est ce que le PST a longuement été par sa pratique
passée, il serait aussi possible de changer cette situation. D’un
côté des camarades poussent pour afficher très ouvertement notre
identité communiste, en faisant probablement un choix que dans le
contexte actuel va trop loin. De l’autre côté certains camarades
veulent abandonner l’identité communiste, pour en trouver une
autre plus ouverte, mais laquelle? Selon le Comité Directeur lors
du congrès il s’agira de se déterminer une fois pour toute là
dessus, non sur la question du nom, qui est le grain de sable au
sommet de la montagne, mais sur notre identité. Il faut avoir le
courage d'affronter, ouvertement et sereinement, le débat sur le
communisme. Il faudra discuter sans complexes, nous sommes assez
mûres pour dépasser le traumatisme de la chute du socialisme réel
(tant pour les ados rebelles qui refusent leur pères, comme pour
fils de papa qui n'arrivent pas à s’en détacher), nous ne
jouerons plus les orphelins du Mur de Berlin. Il est temps pour nous
de relancer la course au socialisme, le socialisme du 21ème siècle,
celui de notre génération.
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