Le
29 novembre, nous serons appelés aux urnes pour nous prononcer sur
l’initiative lancée par le Groupe pour une Suisse Sans Armée
(GSsA). Le texte demande l’interdiction d’exporter le matériel
de guerre. Le Parti Suisse du Travail a confirmé son soutien à
l’initiative dans sa dernière séance. La campagne vient de
débuter. La gauche tout entière se mobilise pour combattre ce
commerce peu glorieux admis dans notre pays. La vente d’armes
est-elle compatible avec la neutralité dont se targue la Suisse ?
Sans (trop) se soucier de l’endroit où elle seront utilisée, les
entreprises suisses productrices de matériel de guerre en vendent
partout sur la planète. En 2008, elles ont vendu du matériel de
guerre à 72 pays pour 722 millions de francs. Parmi ceux-ci, on
trouve de nombreux pays en guerre, notamment l’Inde et le Pakistan.
Le gouvernement de Karachi est le premier client de fabriques d’armes
suisses, avant même les pays européens ou les Etats-Unis. En 2008,
L’entreprise Ruag a exporté des pistolets-mitrailleurs en Arabie
saoudite, qui n’est pas un pays modèle en matière de droits de
l’Homme. Plus paradoxal encore : on retrouve des armes suisses
même dans les pays où la Direction du Développement et de la
Coopération (DDC) ainsi que d'autres organisations suisses ont
justement des programmes de développement et de prévention des
conflits.
Le
lobby de l’armement joue à fond la carte de l’emploi pour couler
l’initiative. Les exportations d’armes restent pourtant
marginales pour l’économie suisse, de l’ordre de 0.11% du PIB
Suisse. Selon une étude récente du BAK Basel Economics commandée
par le Conseil fédéral, l'industrie de l'armement suisse emploie
directement 3'355 personnes, et 1'757 places de travail en dépendent
chez les fournisseurs. L’initiative prévoit pour eux des plans de
reconversion de l’industrie de guerre suisse. Celle-ci aurait des
effets bénéfiques pour l’image internationale de notre pays. Elle
permettrait aussi à la production industrielle suisse de devenir
plus utile à tout le monde, au peuple suisse en premier lieu. Les
investissements dans le secteur de l’armement, s’ils sont
réorientés vers d’autres secteurs, pourraient être même de
relancer des secteurs industriels qui ont aujourd’hui besoin de
gros investissements, notamment dans le secteur de l'énergie. Il
faut aussi noter que les forces politiques bourgeoises qui défendent
l’emploi de l’armement sont les mêmes qui, en temps de crise,
coupent dans les prestations de l'assurance-chômage. Quant aux
milieux patronaux, ils n’hésitent pas à licencier, pour garantir
leurs parts des profits. Moralement aussi, l’exportation d’armes
reste hautement problématique. La droite dénonce la production et
le trafic de cocaïne qu’un Etat comme la Colombie tolère,
stigmatisant ses effets pour les personnes. Pourtant les armes ont un
effet dévastateur encore plus fort que la drogue. Lorsqu’on parle
d’armes, le discours sur la moralité du commerce change
radicalement. Exporter des armes devient acceptable pour la droite.
La seule explication à ce revirement réside dans les intérêts
économiques que la droite défend. Pour certains milieux économiques
suisses, le marché de l’exportation de matériel de guerre est
trop important pour s'arrêter à des questions moralement
problématiques. Pour toutes ces raisons, il faudra voter oui le 29
novembre, pour interdire l’exportation de la mort.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire