dimanche 15 novembre 2009

Vendeurs de mort.



Le 29 novembre, nous serons appelés aux urnes pour nous prononcer sur l’initiative lancée par le Groupe pour une Suisse Sans Armée (GSsA). Le texte demande l’interdiction d’exporter le matériel de guerre. Le Parti Suisse du Travail a confirmé son soutien à l’initiative dans sa dernière séance. La campagne vient de débuter. La gauche tout entière se mobilise pour combattre ce commerce peu glorieux admis dans notre pays. La vente d’armes est-elle compatible avec la neutralité dont se targue la Suisse ? Sans (trop) se soucier de l’endroit où elle seront utilisée, les entreprises suisses productrices de matériel de guerre en vendent partout sur la planète. En 2008, elles ont vendu du matériel de guerre à 72 pays pour 722 millions de francs. Parmi ceux-ci, on trouve de nombreux pays en guerre, notamment l’Inde et le Pakistan. Le gouvernement de Karachi est le premier client de fabriques d’armes suisses, avant même les pays européens ou les Etats-Unis. En 2008, L’entreprise Ruag a exporté des pistolets-mitrailleurs en Arabie saoudite, qui n’est pas un pays modèle en matière de droits de l’Homme. Plus paradoxal encore : on retrouve des armes suisses même dans les pays où la Direction du Développement et de la Coopération (DDC) ainsi que d'autres organisations suisses ont justement des programmes de développement et de prévention des conflits.
Le lobby de l’armement joue à fond la carte de l’emploi pour couler l’initiative. Les exportations d’armes restent pourtant marginales pour l’économie suisse, de l’ordre de 0.11% du PIB Suisse. Selon une étude récente du BAK Basel Economics commandée par le Conseil fédéral, l'industrie de l'armement suisse emploie directement 3'355 personnes, et 1'757 places de travail en dépendent chez les fournisseurs. L’initiative prévoit pour eux des plans de reconversion de l’industrie de guerre suisse. Celle-ci aurait des effets bénéfiques pour l’image internationale de notre pays. Elle permettrait aussi à la production industrielle suisse de devenir plus utile à tout le monde, au peuple suisse en premier lieu. Les investissements dans le secteur de l’armement, s’ils sont réorientés vers d’autres secteurs, pourraient être même de relancer des secteurs industriels qui ont aujourd’hui besoin de gros investissements, notamment dans le secteur de l'énergie. Il faut aussi noter que les forces politiques bourgeoises qui défendent l’emploi de l’armement sont les mêmes qui, en temps de crise, coupent dans les prestations de l'assurance-chômage. Quant aux milieux patronaux, ils n’hésitent pas à licencier, pour garantir leurs parts des profits. Moralement aussi, l’exportation d’armes reste hautement problématique. La droite dénonce la production et le trafic de cocaïne qu’un Etat comme la Colombie tolère, stigmatisant ses effets pour les personnes. Pourtant les armes ont un effet dévastateur encore plus fort que la drogue. Lorsqu’on parle d’armes, le discours sur la moralité du commerce change radicalement. Exporter des armes devient acceptable pour la droite. La seule explication à ce revirement réside dans les intérêts économiques que la droite défend. Pour certains milieux économiques suisses, le marché de l’exportation de matériel de guerre est trop important pour s'arrêter à des questions moralement problématiques. Pour toutes ces raisons, il faudra voter oui le 29 novembre, pour interdire l’exportation de la mort.

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